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Lundi 9 juillet 2007

Les trésors cachés de nos universités
450 filières qui donnent du travail

L'université, une voie sans issue ? Le cliché a la vie dure mais ne correspond en rien à la réalité. Depuis cinq ans, nos facs ont multiplié les diplômes de pointe en prise avec le monde de l'entreprise. A la clé, des emplois, de bons salaires et un épanouissement professionnel dont témoignent tous les jeunes diplômés que nous avons rencontrés. Alors, quelles sont les meilleures filières ? Comment les dénicher ? Réponse dans cette enquête de Patrick Fauconnier, avec Véronique Radier, Sarah Piovezan, Fanny Weiersmuller et Marie Pellefigue


 

C'est un truc incroyable. Un jeune diplômé qui débarque à la City de Londres ou à Wall Street et prononce devant les as mondiaux de la finance cette phrase magique : « Je suis “ master El Karoui ” », s'arrache plus qu'un HEC ou un titulaire du prestigieux MBA ( Master in Business Administration ). « El Karoui » ? Une marque mondiale depuis que le « Wall Street Journal » a encensé en une - et à sa suite le « Financial Times » - le master « probabilités et finance » de l'université de Paris-VI, que dirige Nicole El Karoui, professeur de probabilités et de mathématiques financières. Un exemple emblématique des surprises que révèlent les arcanes de l'université française quand on les explore. D'abord, voici un cursus de pointe inconnu du public et pourtant au niveau des grandes écoles les plus réputées. Ensuite, ce programme n'est pas là où on pourrait l'attendre. Ce master qui fascine le gratin de la finance ne relève ni de Dauphine, notre fac de gestion la plus répu- tée, ni des prestigieux IAE ( Institut d'Administration des Entreprises ), mais de Paris-VI - l'université Pierreet-Marie-Curie - alias Jussieu : une fac de sciences pures et dures plus connue pour ses cracks en physique fondamentale. Parce que la botte secrète du « master El Karoui » n'est ni la gestion ni la finance, mais les maths. On y forme 90 virtuoses du calcul de probabilités, préparés à devenir des experts des marchés dérivés, ces marchés boursiers à gros risque mais haut rendement. Les banques du monde entier, JP Morgan, Chase & Co, Deutsche Bank AG, BNP-Paribas, la Société générale... se les arrachent à coups de mails. Et grâce aux bonus ils peuvent débuter à plus de 100 000 euros par an en moyenne, certains montant à 200 000 euros ! La moitié des spécialistes en marchés dérivés de BNP-Paribas à Londres sont des « El Karoui ». Enfin, ce programme fonctionne en collaboration avec Polytechnique, Normale sup, l'Essec et l'université de Nanterre. Donc, à haut niveau, le rapprochement universitésgrandes écoles, ça marche et - comme l'affirmait François Goulard, pur produit « grande école », quand il était ministre des Universités - c'est sans doute une des clés de la modernisation de notre enseignement supérieur. Leçon à retenir : pour dénicher les pépites de l'université qui font flasher les recruteurs, il faut être fouineur et virtuose de la navigation internet. C'est la posture que nous avons adoptée pour enquêter. En ligne de mire : les programmes qui insèrent le mieux leurs diplômés. Il y a dix ans, les facs nous auraient snobés sur le mode : chez nous, tout est bon. Aujourd'hui elles répondent, preuve qu'elles ont mis en place une culture de l'évaluation. Pour être sûrs de la véracité des données, nous avons exigé de publier le nom et les coordonnées ( téléphone, mail ) des responsables de filière. Malgré ces conditions drastiques, 85 % des universités ont répondu, et communiqué plus de 800 descriptifs de programmes parmi lesquels nous en avons sélectionné environ 450, dont on ne peut citer ici, faute de place, qu'une centaine, à titre d'exemples, mais qui sont présentés in extenso sur notre site internet ( nouvelobs. com ).

L'université sait faire du professionnel
Preuve que l'université, malgré le manque tragique d'argent et un système de gouvernance d'un autre âge, accomplit une mue spectaculaire. On la savait excellente pour former des juristes et des médecins. On découvre qu'elle excelle aussi à former des ingénieurs du bâtiment, des conducteurs de BTP, des pros de l'exportation des PME, de la commercialisation des livres, de l'ingénierie des médias ou de l'économie sociale. Claude Allègre avait des méthodes bourrues. Mais il faut le créditer d'avoir précipité deux mutations historiques. D'abord le virage du LMD, qui organise les diplômes sur trois niveaux - licence, master, doctorat -, les rendant lisibles à l'étranger et facilitant les échanges d'étudiants. Ensuite le virage du professionnel avec la création, en 1991, des IUP ( instituts universitaires professionnalisés ), dont le beau succès a ouvert la voie aux « filières pro » taillées pour mener à l'emploi. C'est dans ce vivier qu'on trouve des pépites. Beaucoup sont la transformation d'anciens diplômes de type DUT, IUP, magistères, MSG, MST ou DESS, peu clairs dans leur foisonnement de sigles et de niveaux ( bac + 2, bac + 4, bac + 5 ). Créée en 1999, la « licence pro » a explosé, passant de 4 364 étudiants en 2000 à environ 40 000 en 2007, le nombre de filières passant de 174 à plus de 1 400. Malgré ce taux de croissance sans précédent, François Goulard estimait avant de partir qu'il fallait encore doubler ce chiffre, car au total moins de 20 % des inscrits en licence sont en filière pro. Alors que le taux moyen de réussite de cette filière est très élevé : 85 % de succès sans redoublement.

Un maquis illisible
Seul problème : la situation est loin d'être simple et lisible pour un étudiant cherchant à tirer profit du système. Au contraire. Il lui faut d'abord déchiffrer comment bâtir son cheminement, selon qu'il vise un bac + 3, un bac + 5 ou l'éventualité des deux. Comment avoir le plus de chances d'intégrer une licence pro ? De passer de licence en master ? Et de trouver le bon programme ? La réponse demande de l'habileté ( voir p. 16 ) . Car, ces formats de diplômes étant récents, tous les cas de figure se présentent en matière d'appellations, de passerelles et de modes de sélection. Il y a en France 103 universités de statuts divers ( public, privé, universités technologiques, grands établissements... ), offrant plus de 8 000 diplômes, dont les appellations ne sont pas normalisées. Selon les facs, on peut trouver vingt intitulés différents pour un master de finance, avec des nuances parfois réelles, parfois inexistantes. « Quelles différences entre les masters “ mathématique et informatique” , “ mathématiques et informatique ” et “ informatique et mathématique ” ? », ironise Daniel Vitry, le patron de l'évaluation et de la prévision à l'Education nationale. Sans le Net, explorer tout cela serait impossible. C'est pourquoi nous présentons un banc d'essai des meilleurs sites d'universités ( voir p. 32 ). Côté bac + 5, on recense nationalement 2 500 spécialités de masters professionnels et 1 800 spécialités de masters recherche ! Une université comme Grenoble-II offre à elle seule 196 diplômes différents. Bienvenue dans le maquis des « mentions », « domaines », « parcours », « options », un truc à devenir fou... « La réorganisation des masters a rendu l'offre totalement incompréhensible ! tempête Nicole El Karoui. Pour dénicher notre master, il faut faire défiler des dizaines d'écrans . » Le candidat doit donc être tenace pour découvrir des pépites, qui sont autant de récompenses possibles pour ceux qui ont su surmonter l'ennui et l'anonymat encore trop fréquents dans les premières années de fac ( hors IUT ).

Objectif insertion
Autre grande leçon de l'enquête : l'université commence à veiller de près au devenir de ses diplômés. Il est vrai que l'Etat l'exige désormais, avec la procédure budgétaire Lolf qui demande aux facs de produire des bilans d'insertion. « On est prêts , mais on n'a pas les moyens de cette mission », grognent les universitaires. C'est vrai. Beaucoup de patrons de filières tentent néanmoins de suivre leurs diplômés, certains avec des moyens de fortune, d'autres avec de véritables observatoires de l'insertion. De plus en plus de programmes ont même un réseau d'anciens actifs qui aident à l'insertion, comme dans les grandes écoles. En fait, c'est un impératif vital pour l'image des facs. Dans un sondage Ifop de 2005 auprès d'un tiers d'étudiants, un tiers de parents d'élèves et un tiers de dirigeants d'entreprise, à la question : « Quelle formation supérieure prépare le mieux un jeune aujourd'hui à affronter le monde du travail ? » , 55 % des répondants plébiscitent les grandes écoles, 35 % vantent les formations de type IUT, et moins de 10 % citent « les autres formations universitaires » ... Heureusement, les employeurs sont prêts à aider les facs. « Les entreprises ont besoin de l'université ! » : ce récent et vibrant plaidoyer d'une pleine page, dans le plus lu des quotidiens économiques - « les Echos » -, signé du très influent Michel Pébereau, président du conseil d'administration de BNPParibas, chargé de l'enseignement supérieur au Medef, n'est pas passé inaperçu. « Je ne crois pas qu'il existe dans les entreprises un a priori négatif concernant les universités ou une fixation en faveur des grandes écoles » , affirme Pébereau. A vérifier... Il serait amusant de comparer l'accueil réservé à deux CV de titulaires d'un master scientifique, l'un décroché à Nancy-I et l'autre à Centrale... Et un groupe de gros employeurs vient de s'engager à recruter des diplômés de sciences humaines, d'habitude boudés par leurs recruteurs. Les entreprises semblent même prêtes à financer les facs qui le demandent. Ainsi, l'IAE de Toulouse-I, avec ses 1 800 étudiants inscrits dans trente-cinq programmes licence et master, a créé en 2002 une chaire en management international avec les laboratoires Pierre Fabre. Et en a ouvert cinq autres depuis, notamment en management interculturel avec Airbus, en marketing des médias avec « la Dépêche du Midi » et en high-tech avec SFR-Cegetel. Ces entreprises s'engagent pour un soutien moyen de 30 000 euros annuels sur quatre ans. Cet IAE, qui fait certifier ses chiffres de placement par un organisme extérieur, case 88 % de ses diplômés en moins de six mois à un salaire moyen brut de 2 390 euros par mois. L'université peut être fière de ce qu'elle arrive à faire avec ses maigres moyens. Le président Sarkozy lui a promis beaucoup d'argent ( voir p. 15 ) . La nation va-t-elle enfin devenir fière de son université ? Ce sera gagné quand on verra le débat final entre les candidats à la présidence se tenir à l'université de Clermont-Ferrand ou de Metz, à l'image de la rencontre finale Bush-Kerry, en 2004, qui s'est déroulée en grande pompe à l'Arizona State University, une fac américaine moyenne.

 

 

Patrick Fauconnier, Sarah Piovezan
Le Nouvel Observateur

par Forex Queen
 

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