Refco aille aille aille
Avec les malversations de Refco, Wall Street replonge dans le scandale
15 October 2005
Le Monde
(c) Le Monde, 2005.
Le PDG du courtier, qui voulait fuir en Europe, a été arrêté à New York
Dans la liste des scandales ayant secoué la Bourse de New York au cours des dernières années, les malversations de Refco devraient figurer en bonne place. Deux mois après son introduction en Bourse, le 11 août, le courtier spécialisé dans les matières premières et marchés à terme a avoué que ses comptes étaient faux depuis des années.
Jeudi 13 octobre, les cours ont été suspendus et la société a annoncé interrompre " pour quinze jours » les activités de sa filiale de courtage en instruments financiers, Refco Capital Markets, faute de liquidités. Le groupe aura du mal à échapper à la faillite. Les révélations se succèdent depuis le début de la semaine avec la démission précipitée du PDG de Refco, Phillip Bennett, après la découverte d'un trou de 430 millions de dollars (358 millions d'euros) dans le bilan de la société.
Sur le modèle d'Enron, dont la banqueroute à la fin de l'année 2001 a été suivie d'une vague de scandales comptables sans précédent aux Etats-Unis, Refco dissimulait des dettes hors du périmètre de la société. Elles étaient la conséquence de pertes enregistrées sur les marchés lors de la crise des pays émergents en 1997. A la fin de chaque trimestre, ses créances irrécupérables étaient transférées à une entité contrôlée directement par M. Bennett qui en échange recevait un prêt d'une somme équivalente. Le fonds spéculatif, Liberty Corner, servait d'intermédiaire et de paravent.
Après la découverte du montage par le conseil d'administration de Refco, M. Bennett a remboursé immédiatement au début de la semaine les 430 millions de dollars de prêts. Il a pu le faire après avoir transféré cette somme en euros d'une banque européenne. Selon ses avocats, M. Bennett a obtenu un crédit gagé sur ses actions Refco.
M. Bennett, 57 ans, citoyen britannique, a été arrêté mardi soir sur ordre du procureur fédéral de Manhattan, Michael Garcia. Des enquêteurs avaient enregistré une conversation dans laquelle il annonçait son intention de partir en Europe dans les quarante-huit heures. Après avoir été inculpé mercredi de fraude boursière, il a été remis en liberté mais confiné dans son appartement à Manhattan sous surveillance électronique. Il a aussi été contraint de trouver six personnes pour garantir une caution de 50 millions de dollars, remettre les titres de propriété de son appartement new-yorkais et de sa maison du New Jersey et apporter directement 5 millions de dollars.
Surnommé le " finisseur » sur les marchés de matières premières, M. Bennett a pris la tête de Refco en 1998 et en a fait le premier courtier indépendant américain. Il est l'un des deux principaux actionnaires du groupe avec 34 % du capital derrière le fonds d'investissement Thomas H. Lee Partners LP de Boston qui en détient environ 43 %.
Depuis le début de la semaine, le cours des actions Refco s'est effondré. Introduites à 22 dollars, elles étaient montées jusqu'à 27 dollars et s'échangeaient jeudi avant la suspension, dans les transactions d'avant séance, à moins de 8 dollars. Plus de 2 milliards de dollars de capitalisation boursière sont partis en fumée. Les obligations émises par la société se traitaient, jeudi, à la moitié de leur valeur faciale. " Le fait que les titres à taux fixes s'échangent à 50 cents pour 1 dollar montre qu'il y a une chance sur deux pour que la société disparaisse », souligne l'analyste Kevin Starke de Weeden & Co.
Si faute de confiance des banques, des clients et de ses contreparties Refco fait faillite, les conséquences pourraient être sérieuses. Les clients du courtier (entreprises, banques, fonds spéculatifs) ont des positions évaluées à près de 5 milliards de dollars sur les marchés à terme de métaux, de produits agricoles ou de bons du Trésor. " Ce qui compte aujourd'hui est de savoir si on peut encore avoir confiance en eux. Si ce n'est pas le cas, tout va s'effondrer », prédit Robert Bushman, professeur de comptabilité à l'université de Caroline du Nord.
Trois ans après la série de scandales comptables qui a ébranlé le capitalisme américain, les autorités boursières et les commissaires aux comptes semblent à nouveau pris en faute. Ils ont laissé Refco être coté à Wall Street sans s'apercevoir de sa situation financière réelle.
La Securities and Exchange Commission (SEC), l'autorité des marchés, a ouvert une enquête. Plusieurs plaintes ont été déposées par des actionnaires pour diffusion de fausse information lors de l'introduction en Bourse. Des procès pourraient être aussi intentés contre les banques responsables de la mise sur le marché, Bank of America, Crédit suisse First Boston et Goldman Sachs et contre les autorités de marché et même la Bourse de New York (NYSE). Les actionnaires lésés pourraient demander des centaines de millions de dollars.
Eric Leser
Cordialement Forex Queen