| Ce jeudi 20 octobre, au vingtième anniversaire du fonds d’investissement Barclays Equity Capital, l’ambiance était euphorique. Et pour cause. Après plusieurs années difficiles, le secteur financier revit. Fusions et acquisitions, reprises d’entreprises, montages pour les fonds d’investissement, les banques d’affaires sont sollicitées de toute part. « Le téléphone n’arrête pas de sonner » , se félicite Olivier Dousset, partenaire de Close Brothers, une boutique financière basée à Londres et à Paris. La Bourse a renoué avec ses plus hauts, et le montant cumulé des opérations bouclées depuis le début de l’année dépasse déjà les 1 700 milliards d’euros. Raflant les transactions les plus importantes, JP Morgan, Goldman Sachs, Merrill Lynch, Credit Suisse First Boston ont annoncé des résultats trimestriels en hausse de 40 à 85 %. D’après le cabinet Dealogic, les commissions, ces fameux fees dans le jargon du secteur, encaissées pour les activités de fusion et de rachat ont progressé de 11 % depuis le début de l’année, pour atteindre les 9,7 milliards d’euros. A elles seules, les opérations de LBO ( leveraged buy-out , opération à effet de levier), devenues le point d’attraction de tous les investisseurs, représentent 6,8 milliards d’euros. Secret-défense sur les émoluments des vedettes Baignant dans ce doux climat, on commence, dans les banques, à calculer activement les bonus de fin d’année. Avec 16 opérations réalisées, Dominic Hollamby, un partner de Rothschild à Londres, devrait faire une superbe année. Bonus minimal : 4 millions d’euros. Conseil de Logica pour le rachat d’Unilog, Bob Wigley, le président de Merrill Lynch Europe, devrait, lui, toucher autour de 7,5 millions d’euros de gratifications. En France, la « star » du secteur cette année se nomme Laurent Baril. Cet associé-gérant de Rothschild a réalisé quelques-unes des plus belles opérations de LBO de la place de Paris. Montant espéré de la prime ? Mystère. Très discrets sur les transactions qu’ils mènent, les spécialistes du rapprochement d’entreprises le sont encore plus sur leurs propres émoluments. Des barèmes existent bien pour les échelons inférieurs – analyste financier, responsable d’exécution, chargé de clientèle… Chaque banque transmet, de manière anonyme, les salaires par fonction à Greenhish, une société spécialisée qui établit ensuite, à partir de ces données, des fourchettes de rémunérations. « Ces salaires moyens servent de référence aux banques, ce qui limite les écarts de traitements d’un établissement à l’autre » , observe Patrick Vial, ex-patron de Morgan Stanley France. Pour les banquiers vedettes, en revanche, silence. Leurs salaires relèvent du secret-défense, chaque établissement se gardant bien de passer | outre par peur d’être entraîné dans une coûteuse surenchère salariale. New York et Londres plus payants que Paris Quelques usages se sont établis cependant dans le monde bancaire. Rares sont les banquiers d’affaires qui obtiennent des rémunérations garanties. Il faut s’appeler François Roussely et avoir le carnet d’adresses de l’ancien président d’EDF pour se faire embaucher à 2 millions d’euros par le Credit Suisse First Boston. Pour les autres, la formule de base est à peu près la même partout : il y a une partie fixe, généralement assez faible – entre 100 000 et 200 000 euros –, et des bonus, dépassant allégrement le million d’euros. Voire beaucoup plus. A New York et à Londres, ceux-ci sont souvent deux fois supérieurs à ceux obtenus par des banquiers parisiens, même dans une grande banque internationale. Sujet hautement sensible, le calcul du bonus est un moment délicat dans l’année. Banque d’affaires classique, grande banque d’investissement ou établissement universel avec un département spécialisé dans les fusions : chacun a ses propres règles pour calculer les primes annuelles de ses banquiers. Dans des maisons traditionnelles d’associés, comme Rothschild ou Lazard, le calcul part de la marge brute. La somme est ensuite répartie en trois parties inégales. Une première partie sert à payer le fisc, la deuxième à rémunérer les actionnaires, et la dernière à constituer le fameux « bonus pool ». Une fois le montant de cette enveloppe fixé, les associés se partagent entre eux la somme, selon des clés de répartition internes. Soucieuse d’éviter des écarts trop importants, la banque Rothschild a ainsi établi une échelle allant de 1 à 4. Pour se simplifier la tâche, certains chasseurs de têtes préfèrent utiliser un mode de calcul différent. « En moyenne, un associé-gérant qui rapporte 50 millions d’euros de commissions à la banque en reçoit entre 6 et 8 %, soit 3 à 4 millions de bonus » , explique l’un d’entre eux. Pas de bonus individualisésdans les fusions-acquisitions Ces estimations, toutefois, sont à prendre avec d’autant plus de précaution que des banques comme Merrill Lynch, Goldman Sachs, JP Morgan ou Morgan Stanley se défendent d’appliquer ce mode de calcul. Pour elles, le conseil en fusions-acquisitions est une activité parmi d’autres, beaucoup moins rémunératrice que le trading sur les marchés de capitaux par exemple. L’homme s’efface devant l’enseigne.Le bonus des banquiers d’affaires ne dépend plus de leurs seuls talents de conseillers, mais aussi de leur capacité à vendre un service clés en main : mandat acheteur ou vendeur, financement de l’opération ou introduction en Bourse. Pas question non plus pour les grandes banques à réseaux, comme BNP Paribas, CDC-Ixis, ou | Crédit agricole, d’individualiser le calcul des bonus des responsables des fusions-acquisitions. Plus encore que dans les banques d’investissement, le montant des gratifications est étroitement lié aux résultats de la société. A la différence des rois des salles de marché. Car eux continuent à être payés en fonction de leurs opérations et à des niveaux beaucoup plus élevés que les banquiers d’affaires ( lire encadré ). « Mais la carrière d’un banquier d’affaires est beaucoup plus longue que celle d’un trader » , tempère une des chasseuses de têtes les plus réputées de la planète financière. La planète fusions-acquisitions Montant des opérations en 2005 : 1 770 milliards d’euros Sur le podium En France : 1. BNP Paribas, 2. Morgan Stanley, 3. JP Morgan Dans le monde : 1. Goldman Sachs, 2. Morgan Stanley, 3. JP Morgan Commissions dans le conseil : 9,1 milliards d’euros, dont 6,8 milliards pour les opérations de LBO Commission des banques : de 3 % à moins de 1 %, selon le montant de la fusion-acquisition Bonus d’un associé d’une banque d’affaires : de 1 à 8 millions d’euros annuel Source : Thomson Financial David de Rothschild, chef de la maison Rothschild. Dans des établissements traditionnels comme le sien, le calcul des bonus part de leur marge brute. La somme est ensuite répartie en trois parts inégales : l’une sert à payer le fisc, la deuxième à rémunérer les actionnaires, et la dernière constitue le « bonus pool ». Les traders, stars du bonus Plus de 38 000 euros de champagne et 27 000 euros de frais de nettoyage : c’est la facture d’une soirée pour le moins agitée d’un trader de la City, qui a terminé sa nuit en aspergeant les murs d’un night-club londonien avec… du Dom Pérignon. Après l’avoir joué profil bas ces dernières années, les golden boys de la City sont de retour. Selon une étude réalisée auprès des banques de Londres par le journal financier Evening Standard, la City pourrait compter quelque 3 000 nouveaux millionnaires en livres sterling (1,5 million en euros) début janvier 2006, à l’issue de la distribution des bonus annuels. De quoi réjouir les concessionnaires londoniens de Ferrari et de Porsche. Si les spécialistes des fusions et acquisitions n’ont pas à se plaindre, ce sont les traders, notamment sur les marchés pétroliers et sur les matières premières qui, cette année encore, ont obtenu les meilleures performances, donc toucheront les gratifications les plus élevées. Alors que Yoel Zaoui, co-dirigeant de l’activité de banque d’investissement Goldman Sachs en Europe, devrait empocher un bonus d’environ 6 millions d’euros, Michael Sherwood, trader star de la même maison, lui, gagnerait, une prime de 15 millions d’euros !
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