Forbes

Publié le par Forex Queen



Par Chem Assayag.

Vous n’avez jamais entendu leurs noms, vous n’avez jamais vu leurs visages à la une des magazines ou à la télévision, vous ne les connaissez pas. Ce ne sont pas des stars du showbiz ou du cinéma, des artistes du pinceau ou du ballon rond. Ce ne sont pas des capitaines d’industrie à la Bill Gates ou à la Bernard Arnault, ayant bâti des empires. Nous ne savons pas qui ils sont*. Et pourtant, ce sont sans doute les individus les mieux payés de la planète. Ils, ce sont les quelques dizaines de patrons des principaux «hedge funds» mondiaux.

Un hedge fund: qu’est-ce que c’est? (petit rappel)

Un hedge fund - le terme a été inventé en 1949, to hedge signifiant couvrir une position par une position symétrique - ou fonds alternatif en bon français est un organisme de gestion collective, fonctionnant sur le même principe que les OPCVM (Les organismes de placement collectif en valeurs mobilières), mais investi dans une stratégie alternative, c’est-à-dire un ensemble très varié de méthodes ou plutôt de stratégies de gestion d’actifs spécialisées, techniques et concentrées sur une niche de marché bien précise. Contrairement aux fonds «classiques», les hedge funds obtiennent des performances généralement déconnectées de la tendance générale des marchés actions ou obligations, tout en minimisant les risques et en garantissant le capital investi, voire un niveau de profit aux souscripteurs. Aujourd’hui, les hedge funds gèrent plus de 1100 milliards de dollars d’actifs au niveau mondial et des projections tablent sur une croissance de 15% par an des actifs gérés. D’ailleurs, la taille des fonds augmentant sans cesse, la faillite du fonds LTCM en 1998 avait secoué les marchés financiers et nécessité l’intervention de la Réserve fédérale américaine.

Le métier des hedge funds est très technique et spécialisé, pratiqué généralement par des gérants expérimentés, indépendants, et dont la fortune personnelle est souvent pour partie engagée dans le fonds. Les gérants sont rémunérés sur les performances du fond (autour de 20% des profits réalisés mais parfois jusqu’à plus de 40%) et ils perçoivent par ailleurs des frais de gestion (1 à 5% des fonds gérés). Les hedge funds, aux noms souvent mélodieux tels Renaissance, Omega, Tudor, ne sont souvent accessibles qu’à des investisseurs fortunés et avisés - les tickets d’entrée se chiffrant en centaines de milliers, voire en millions de dollars. Ainsi, la richesse allant à la richesse, pendant que le commun des mortels obtient 2% de rémunération de son livret A, les investisseurs chanceux peuvent espérer des rendements de plus de 20% annuels, la star du moment, Jeffrey Gendell, du fonds Tontine Associates - le nom ne s’invente pas-, ayant généré un retour de 100% en 2003 et 2004 et 38% en 2005 pour ses heureux clients...

Par leurs caractéristiques, les hedge funds interviennent dans un environnement peu régulé, le plus souvent dans des zones dites «offshore» - Iles Vierges, Bermudes... - , et ceci malgré de récentes tentatives d’encadrement plus contraignantes, notamment aux Etats-Unis, où ils sont nés et sont les plus actifs.


Plus riches que riches

Dans sa récente livraison de la fin du mois de mai, le magazine spécialisé Institutional Investor (article intitulé "Really Big Bucks"), suivant en cela la tradition bien établie des classements de toutes sortes, nous livre donc le palmarès des gérants de fonds les mieux payés au monde - on parle bien ici de revenus pour 2005 et non pas de patrimoine. Et là, le vertige commence. La rémunération moyenne de chacun des 26 patrons de fonds identifiés est de 363 millions de dollars (300 millions d’euros ou 2 milliards de francs) en 2005, soit 45% de plus qu’en 2004... La barre d’admission dans ce club étant désormais fixée à 130 millions de dollars (contre 30 millions en 2002!).

Les deux premiers de la liste ont, quant à eux, gagné plus de 1 milliard de dollars: tout d’abord, James Simons, de Renaissance Technologies Corp, avec plus de 1,5 milliard de dollars, soit près de 1,2 milliard d’euros ou encore 100 000 Smic annuels (non, non les chiffres sont les bons), ensuite T. Boone Pickens, de BP Capital Management, avec «seulement» 1,4 milliard de dollars. Le premier de ces «papys milliardaires», car ils ont respectivement 68 et 78 ans, est un universitaire, spécialiste des modèles mathématiques, tandis que l’autre est un tycoon de l’industrie pétrolière.

Ces rémunérations qui dépassent l’entendement interviennent alors que les performances de ces fonds sont paradoxalement moins intéressantes que dans les années 1990. Ainsi, six des 26 gérants cités ont réalisé des performances inférieures à 10% en 2005, soit sensiblement moins par exemple que le CAC 40 sur la même période (23,4%). Un comble...

D’autre part, l’argument consistant à dire que ces gérants risquent une part importante de leur richesse personnelle dans les investissements de leurs fonds est de moins en moins pertinent tant ils sont devenus riches. En outre, les sommes brassées étant de plus en plus colossales - plus de 20 fonds gèrent plus de 10 milliards de dollars - , mécaniquement, les gérants deviennent de plus en plus riches, même avec des performances médiocres, sur la seule base des frais de gestion perçus!

Ces rémunérations sont devenues si absurdes qu’Antoine Bernheim, figure emblématique du secteur de la finance et président de Dome Capital Management, a pu dire: «Clairement, il y a un décalage entre la performance et la rémunération. Elles sont incroyables, alors que les performances sont médiocres.» De même Peter Adamson, responsable des investissements de la famille Eli Broad - plus de 1 milliard de dollars placé dans des hedge funds- s’interrogeait-il sur les distorsions dans le comportement des gérants, entraînées par des rémunérations aussi élevées. Il y aurait donc quelque chose de pourri au royaume des hedges...

Au-delà de ces chiffres stratosphériques, on peut s’interroger sur un système où de purs manipulateurs de symboles - il n’y a pas de création de richesse au sens traditionnel ici, mais des mouvements de comptes incessants, des chiffres augmentant sans cesse mais qui ne sont jamais matérialisés par des biens produits ou des services rendus; nous ne sommes pas en présence de créateurs d’entreprises, de personnes qui créent des milliers d’emplois par exemple - peuvent gagner autant que des milliers, voire des dizaines de milliers de leurs semblables, et ceci finalement sans risque - à titre de comparaison, le cabinet
Proxinvest, spécialisé dans les questions de gouvernance d’entreprise, proposait en février 2006 que «les actionnaires plafonnent la rémunération des dirigeants au "niveau maximum socialement acceptable" de 240 fois le Smic, soit 3,5 millions d’euros par an, options comprises.

Même des fervents supporters du capitalisme financier pourraient donc trouver là matière à réflexion.

* le seul nom connu dans la liste est celui de Georges Soros, spéculateur et philanthrope d’origine hongroise, avec 840 millions de revenus. Soros est notamment célèbre pour ses attaques contre la livre anglaise.

 

 

Cordialement FXQ

Publicité

Publié dans forexqueen5

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
C
C'est ecrit Forbes !! Par chem Assayag ...<br /> Peut etre ne parle tu pas de ses sources la .. lol
Répondre
A
Quelles sont les sources ?
Répondre