Chronique Agora

Publié le par Forex Queen

=============================
LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Vendredi 30 septembre 2005
=============================

*** A brebis tondue Dieu n'épargne pas le vent
Comme promis, Philippe Béchade revient sur les chiffres de la consommation américaine...

*** Le mode de vie américain menacé par la flambée des coûts de l'énergie
Eric Fry vous dévoile les pensées privées de certains de nos rédacteurs...

-------------------------------------------------------

Bonjour,

*** A BREBIS TONDUE DIEU N'EPARGNE PAS LE VENT

** Une fin de trimestre, c'est généralement l'heure des bilans... mais nous vous épargnerons ce pensum puisque nous retrouvons aujourd'hui les places européennes au même niveau que mercredi, et tout ce qu'il y avait à déduire des évolutions comparées de Wall Street, Euronext et Tokyo (par ordre de performance croissante) a déjà été commenté la veille.

Nous vous avions en revanche promis quelques chiffres bien sentis concernant l'accroissement spectaculaire du taux de défaut de paiement sur les cartes de crédit aux Etats-Unis (il s'envole de 4% fin 2004 à 4,8% en juin, puis 5% à présent), ainsi que l'explosion du nombre de faillites personnelles (47 500 pour la semaine s'achevant le 17 septembre, soit +30% par rapport au 12 septembre et +60% par rapport à la semaine correspondante de 2004). Nous ne cherchons pas à vous présenter un tableau plus noir que nature pour vous convaincre à tout prix que notre pessimisme récurrent est largement justifié, car nous savons pertinemment qu'une large part de cette soudaine dégradation est due à la prise en compte des retombées de Katrina à la mi-septembre.

Par souci d'objectivité, cependant, nous avons retravaillé les chiffres communiqués par l'American Bankers Association pour les purger de "l'effet Katrina" : nous n'avons ainsi retenu que les ratios de défaillance antérieurs au 29 août dernier. Les défauts de paiement sur les prêts personnels atteignent un record de 1,95% des encours, le taux s'élève à 2,07% sur les crédits automobiles, 2,75% sur les crédits immobiliers, 4,45% sur les prêts concernant l'acquisition d'un mobil home (un zénith absolu), et la barre des 5% vient d'être franchie sur le crédit revolving.

Ceci ne signifie pas que les créances concernées sont totalement irrécouvrables -- l'alerte rouge aurait déjà retenti dans le bureau d'Alan Greenspan. Cependant, les organismes de crédit constatent toutes le même syndrome : les emprunteurs remboursent le minimum prévu sur des prêts immobiliers à géométrie variable (les fameuses solutions "exotiques" dénoncées par Alan Greenspan, qui laisse faire les banques depuis le début).

** Les découverts sont de plus en plus nombreux et surviennent de plus en plus précocement après le virement du salaire -- illustrant la fameuse blague cruelle concernant les "fins de mois qui commencent dès le 2". Par ailleurs, des délais de paiement de plus en longs et des demandes d'étalement plus nombreuses sont sollicités pour les grosses échéances financières, telles que loyers, dépôts de garantie, inscriptions universitaires.

Les consommateurs, pris à la gorge, ont de plus en plus recours à des organismes qui compactent les crédits, rallongent la duration -- sur 20, 25 et jusqu'à 30 ans... tandis que des formules de prêt sur 40 ans sont à l'étude --, et proposent ces fameux "tout-en-un" avec une rallonge de liquidités disponibles et la possibilité de partir une semaine en croisière pour oublier qu'au final, cela coûtera 30% à 40% plus cher.

En ce qui concerne le très faible taux apparent de crédits immobiliers non remboursés (0,47%), il faut souligner que les banques préfèrent en fait maintenir dans leurs murs les propriétaires défaillants, lesquels payent alors un (faible) loyer au lieu de (lourdes) mensualités -- ce qui évite d'enregistrer une "forclusion" qui ne fait pas très joli dans les statistiques internes.

Mais même dans ce cas, l'établissement prêteur ne fait pas une mauvaise affaire : des entités immobilières spécialisées dans l'investissement-vautour se battent pour récupérer des mètres carrés à vendre avec un discount de 25 à 30% par rapport au prix marché, ce qui ne manque pas de faire saliver les éventuels acquéreur comme des coyotes affamés dans un Tex Avery.

Ce genre d'acheteurs est là pour "faire un coup". 80% des biens immobiliers raflés par ce biais sont revendus dans l'année : autrement dit, il n'y a de marché secondaire que tant que les prix immobiliers sont à la hausse ! Dans le cas contraire, les vautours s'envoleront aussi vite que ceux du Livre de la Jungle à l'approche du redoutable -- et sournois -- tigre Shere Khan.

Soyons honnêtes, même si la situation se dégrade (et cela commence à se ressentir plus nettement en Californie), elle demeure largement soutenable par les banques. Les détenteurs de cartes de crédit sont maintenant 5% à connaître des difficultés, mais l'argent leur est facturé entre 16% et 19%... Ce qui laisse de la marge pour voir venir.

** Si jamais les banques s'alarment des 2% de défaut de paiement sur des crédits auto à 5% ou 6%, les constructeurs prêtent à taux zéro -- et donc à perte -- de façon structurelle. Les particuliers insolvables n'ont qu'à aller voir ailleurs ; il continuera de se vendre bien assez de 4x4 et des SUV rugissants pour une consommation de carburant XXL.

Les 0,5% (ou 0,7% réels) de prêts immobiliers non-remboursés paraissent moins spectaculaires mais sont potentiellement plus alarmants : les marges des établissements de crédit sont minuscules (concurrence oblige), et beaucoup de prêts à géométrie variable n'ont pas encore subi l'épreuve du feu, c'est-à-dire les foudres dévastatrices d'un marché immobilier baissier.

Imaginez l'effet de ciseau auquel s'expose l'emprunteur subissant une lourde perte sur une résidence secondaire et commençant à rembourser "plein pot" un prêt à intérêts différés sur son habitation principale : ce cas est devenu extrêmement fréquent, car le marché du pied-à-terre quelque part dans la nature a explosé de +40% en 4 ans !

Un tel taux de progression laisse songeur lorsque chacun sait que le pouvoir d'achat moyen ne progresse pas aux Etats-Unis -- même si le nombre de millionnaires en dollars a progressé de 30% l'an dernier. Ce petit miracle doit en fait beaucoup aux allègements fiscaux dont bénéficient les plus hauts revenus et les détenteurs de valeurs mobilières, exempts désormais d'impôt sur les dividendes.

** Nous pouvons affirmer que les ménages américains n'ont pas fini de souffrir. Les derniers chiffres publiés ce vendredi sont éloquents, et devraient faire circuler un frisson sur l'échine des chargés de clientèle, dont la liste des débiteurs s'allonge au fil des semaines.

Les revenus des ménages ont baissé de 0,1% en août (au lieu de +0,3% attendu), et ce sera naturellement bien pire en septembre pour des raisons que vous imaginez aisément ; le taux de désépargne s'élève à -0,7% contre un record de -1,1% en juillet.

C'est moins pire peut être, mais les consommateurs américains continuent de s'appauvrir : après avoir mangé toute la partie joufflue du gigot durant les années 90, puis la souris de 1998 à 2001, puis les restes de découpe et quelques miettes bien rôties de 2002 à 2004, les convives attaquent l'os en 2005 !

Nous vous laissons imaginer ce que vont donner, d'ici un mois, les chiffres de septembre !

** En ce qui concerne l'impact de la hausse des carburants au cours du seul mois d'août, elle a amputé les revenus de 1%. Cela n'a l'air de rien, mais c'est une proportion énorme s'agissant du "disponible" (après remboursement des mensualités, paiement du loyer, des taxes locales, du téléphone et des divers abonnements).

Le mois d'août marque un tournant, puisque la consommation a reculé de 0,5% au lieu de 0,2% attendus, en intégrant "l'effet Katrina" du 26 au 31.

Mais les marchés n'en ont cure : leur maître-étalon demeure la profitabilité des multinationales qui exploitent les gisements de croissance hors des frontières des Etats-Unis.

La seule question qui vaille d'être posée, c'est de savoir à quel moment les effets de la baisse du pouvoir d'achat des Américains, combinée à la hausse du loyer de l'argent orchestrée par la Fed, va impacter les commandes enregistrées par les pays émergents en provenance des Etats Unis.

Jusqu'à présent, les difficultés financières des ménages -- soucieux malgré tout de préserver leur niveau de vie en achetant des produits à bas prix -- ont accéléré la délocalisation de la production vers l'Asie du sud-est, où la majorité des entreprises cotées sur le NYSE ou le Nasdaq-100 ont massivement investi.

Nous faisons le pari que le processus de mondialisation -- avec un baril de pétrole oscillant entre 50 $ et 70 $ à l'horizon 2006 -- est désormais sur le point d'entrer dans un cycle de rendement négatif. Cette "bascule" n'est pour l'instant validée par aucun des chroniqueurs qui font l'opinion dans les grands quotidiens économiques anglo-saxons.

** Mais le doute ne devrait pas tarder à s'insinuer dans les esprits... Sinon comment expliquer que le Dow Jones gagne 2,5% depuis le 30 juin contre +8,7% pour l'Euro-Stoxx et +18% pour la bourse de Tokyo (indice de référence : le Nikkei 225) ?

Le plus gros danger reste celui d'une soudaine tension des taux consécutive à une soudaine perte de confiance dans la capacité de la Fed à maintenir la stabilité de la valeur du dollar. Alan Greenspan aura jonglé jusqu'au bout avec le concept de "souplesse du système", mais même la corde d'alpinisme la plus souple et la plus résistante -- et peu importe qu'elle soit sollicitée à l'extrême à un instant T -- finit un jour par casser, du simple fait de l'accumulation des chocs encaissés et du dessèchement des polymères qui la composent.

Et nous ne connaissons qu'un matériau inaltérable, dont la ductilité et la résistance à la corrosion soient quasiment infinis : il s'agit, vous l'avez deviné, de l'Or.

Philippe Béchade,
Paris

------------------------------------------------

Eric Fry nous donne les dernières nouvelles de Wall Street

*** LE MODE DE VIE AMERICAIN MENACE PAR LA FLAMBEE DES COUTS DE L'ENERGIE

** Faut-il s'inquiéter du fait que la terre commence à manquer de pétrole bon marché ? Ou faut-il espérer "qu'ils" trouveront une solution avant que la hausse des coûts de l'énergie ne commence à restreindre le mode de vie pour le moins douillet des Américains ?

- Faut-il espérer "qu"ils" découvriront ou créeront de vastes sources d'énergies alternatives bon marché bien avant que nous ne soyons contraints de régler nos thermostats sur 55 degrés en hiver et 85 degrés en été ? Ou faut-il commencer à apprendre à conserver le boeuf et saler le porc, et à construire des caves pour conserver les patates ?

- C'est précisément sur ce sujet que trois de mes collègues ont récemment débattu par e-mail. Leur échange spontané d'idées s'est déroulé sur plusieurs jours, et portait sur un certain nombre d'observations fascinantes et de prédictions bizarres. Votre rédacteur a donc décidé de lever le voile sur ce débat et d'exposer au public les pensées privées de ses collègues. Voyons tout d'abord le contexte dans lequel tout cela s'est passé...

- Le réchauffement de la planète, c'est la faute du Président Bush, clame haut et fort Hugo Chavez, le président du Venezuela, un pays qui, comme par hasard, expédie plus de 60% de ses exportations de pétrole à destination des Etats-Unis. Après avoir soi-disant dénombré des centaines de voitures ne contenant qu'un seul passager lors d'un récent trajet de l'aéroport JFK au bâtiment des Nations-Unies situé à Manhattan, Chavez a déclaré à l'assemblée des NU : "Le monde ne peut pas tolérer le mode de vie américain".

- Ici, à la Chronique, nous ne savons pas du tout si le réchauffement de la planète est la faute des Républicains ou des Démocrates, ou si cela résulte d'un rare effort des deux partis, ou s'il s'agit tout simplement d'un caprice de la nature... comme les périodes glaciaires. Ce que nous observons, c'est que tant les Démocrates que les Républicains continuent à rouler en voitures de sport (même si les Démocrates s'efforcent de dissimuler ces faits gênants pendant les campagnes présidentielles).

- Bref, il se pourrait bien que l'impétueux Chavez ait vu juste. Le mode de vie américain n'est pas facile à imiter, surtout en matière d'énergie. Les Américains consomment plus que "leur part" des ressources mondiales. Globalement, ils représentent environ 5% de la population mondiale, mais consomment plus de 25% des ressources de la planète.

- La consommation intensive d'énergie imposée par leur style de vie suscite la question suivante : qu'adviendra-t-il de ces Américains, bien en chair et bienheureux, lorsque les gisements de pétroles faciles à exploiter seront finalement à sec ? La plupart d'entre eux sont bien trop gros et bien trop heureux pour réfléchir à la question, ou pour s'inquiéter de ce qui pourrait bien arriver à leur mode de vie si les prix de l'énergie augmentent.

- Il se trouve justement que trois de mes collègues ont débattu sur ce thème pendant plusieurs jours. Tous trois s'accordent à dire que la flambée du prix du pétrole ouvre un nouveau chapitre dans l'histoire économique de l'Amérique. Pourtant, les trois n'ont pas tous la même version. Chacun de ces estimés collègues défend ses idées avec passion et conviction. Autrement dit, c'est un sujet dont ils adorent parler.

- Tandis que la plupart des Américain en col blanc passent leur journée à surfer sur Internet en quête de jeunes Ukrainiennes à épouser, ou pour acheter aux enchères des cendriers de collection sur eBay, ces types débattent avec ferveur et échangent des idées, des idées que l'on retrouve généralement dans leurs lettres sur l'investissement et leurs services de courtage... Le plus bizarre dans tout ça, c'est que ces gens se lancent en permanence dans des débats par e-mail.

- C'est Byron King, co-rédacteur de Whiskey and Gunpowder, qui a lancé leur dernier débat en date: "La flambée du pétrole est bien réelle... Tous les efforts du monde ne suffiront pas à se préparer à l'épuisement des sources bon marché de pétrole. Quoi qu'il fasse, le monde n'agira pas assez vite pour que cela puisse faire la moindre différence. La situation va donc se gâter à bien des endroits, et pour un bon moment...".

- Voici ce qu'a répondu Justice Litle, rédacteur de la lettre Outstanding Investments : "... La flambée du pétrole représente une menace politique bien plus qu'une menace physique... Nous sommes tout à fait en mesure de résoudre nos problèmes d'énergie à long terme. Cela dépend simplement des maux qui nous seront infligés à court terme".

- Et Dan Denning, rédacteur de Strategic Investments, de répliquer : "L'économie américaine n'est pas préparée à une augmentation du coût de l'énergie... l'économie américaine s'est construite sur une aberration et a été encouragée par une erreur. L'aberration, c'est le pétrole bon marché, qui constituera l'exception qui confirme la règle du développement industriel...".

---------------------------

Cordialement Forex Queen

Source :www.la-chronique-agora.fr

Publicité

Publié dans forexqueen5

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article