Incroyable ..mais vrai!!!
Deutsche Bank lance le premier « hedge fund islamique »
Par Myret Zaki
Investir à la fois en hedge funds et en conformité avec les préceptes du Coran ? Si cette possibilité pouvait paraître farfelue en avril dernier, la combinaison de ces deux modes de placement existe depuis juin. Deutsche Bank vient de lancer un « hedge fund islamique », le Islamic HF Tracker, destiné aux investisseurs institutionnels et aux privés fortunés du Moyen-Orient et d'Asie. Ce produit dénote une sophistication accrue de la finance islamique, un marché en très forte croissance depuis 2001.
Conformément aux préceptes de la charia (loi dérivée du Coran), un tel fonds ne devra pas investir dans des titres de sociétés commercialisant de l'alcool, de la viande de porc, du tabac, des jeux de hasard, ou de la pornographie, et ne servira pas un revenu sous forme d'intérêt, tout en visant à dégager une performance absolue, objectif que se fixent tous les hedge funds.
Impropres à la spéculation
La division londonienne de finance islamique de Deutsche Bank a conçu le produit de sorte qu'il réplique l'indice HFRX Global Hedge Fund Index, a indiqué Geert Bossuyt, chef de cette division. Deutsche Bank n'a pas communiqué les stratégies qui seront suivies ni la structure des frais de ce fonds, selon Bloomberg. Les hedge funds facturent en général 1%-2% des actifs pour la gestion, plus 20% de la performance.
En mars, Deutsche Bank avait déjà arrangé pour 30 millions d'euros d'options sur devises avec la banque d'affaires islamique Gulf Finance House basée à Bahreïn. Les contrats émis permettent aux investisseurs, notamment en immobilier international, de couvrir leur risque devises. Les dérivés islamiques se veulent impropres à la spéculation, interdite par l'islam.
La croissance du marché des investissements « islamiquement corrects » reste soutenue. Elle atteindrait 15% par an, selon une étude de Aseambankers Malaysia, la banque d'affaires de la plus grande banque commerciale malaisienne, Malayan Banking.
De 200 à 230 milliards estimés en mars 2004, la finance islamique représenterait entre 300 et 400 milliards de dollars globalement, selon une estimation du FMI publiée le 25 mai. En comparaison, l'industrie des hedge funds pèse un peu plus de 1000 milliards de dollars, selon Hedge Fund Research, firme basée à Chicago.
Un nombre croissant de banques étrangères se sont intéressées à ce créneau, dont les précurseurs HSBC, Citigroup et UBS, qui, à l'instar de Deutsche Bank, ont des divisions ou filiales spécialisées dans ce segment.
La Grande-Bretagne, avec ses 2 millions de musulmans, offre un marché attrayant pour les banques. En avril 2004, HSBC y a lancé le premier fonds de placement « islamique ». En août dernier, Islamic Bank of Britain, la première banque islamique d'Europe et des Etats-Unis, a vu le jour en Grande-Bretagne. Elle offre exclusivement des hypothèques et des comptes adaptés aux préceptes coraniques.
HSBC a annoncé fin mai qu'elle compte étendre ses services d'investissements islamiques à de nouveaux marchés. Objectif : l'Inde et le Pakistan, marchés à forte croissance où se trouvent d'importantes classes moyennes musulmanes.
« La demande pour des services bancaires islamiques a été favorisée par l'intérêt des investisseurs des Etats-Unis et d'Europe, venus s'ajouter aux musulmans du Moyen-Orient et d'Asie », a indiqué David Vicary, chef des services financiers chez Deloitte Consulting Malaysia, dans une interview à Bloomberg.
Selon lui, cette croissance est aussi le fait d'investisseurs musulmans qui, ayant retiré leurs fonds des Etats-Unis suite aux attentats du 11 septembre 2001, sont à la recherche d'alternatives au marché américain.
Source : Le Temps, 6 juin 2005
Article signalé par D'ici et d'ailleurs
- Par Jane Wardell- Canadian Press
June 7, 2005
LONDRES (AP) - Cherchant à attirer une clientèle musulmane qui représente un marché potentiellement important, les banques occidentales offrent de plus en plus des produits financiers compatibles avec la charia, la loi islamique, notamment des "prêts" immobiliers sans intérêts.
Selon les autorités financières britanniques, les comptes bancaires respectant la charia représentent entre 200 et 500 milliards de dollars (de 160 à 400 milliards d'euros), des sommes en progression de 10 à 15% par an. Mais ils sont essentiellement la propriété de grands investisseurs, et les particuliers en Occident qui veulent concilier argent et loi islamique n'ont souvent pas beaucoup de solutions.
Beaucoup de musulmans en Grande-Bretagne n'ont pas pu acheter leur logement parce que la charia interdit la "riba" (l'usure), et prohibe ainsi le versement ou la perception d'intérêts. Ils ne peuvent ainsi accéder aux prêts immobiliers traditionnels.
Quant aux investisseurs musulmans, ils font face à un problème spécifique : la religion du Prophète leur interdit de gagner de l'argent dans des secteurs comme la production d'alcool et de tabac.
Les banques occidentales commencent à réagir. La Banque islamique de Londres, lancée en septembre, possède des succursales dans la capitale britannique, à Birmingham et Leicester et espère en ouvrir sept autres dans le pays d'ici la fin de l'année.
La Lloyds a lancé cette année un compte courant et un service de financement immobilier compatibles avec la charia. "Il y a environ deux millions de musulmans au Royaume uni actuellement et nos recherches montrent que 75% d'entre eux veulent des produits bancaires qui soient conformes à la loi islamique", souligne Emile Abou-Shakra, un porte-parole.
Le compte courant de la Lloyds ne verse pas d'intérêt et n'offre pas d'autorisation de découvert. En vertu de son plan de financement immobilier "Ijara", la banque peut acheter jusqu'à 90% d'une maison pour le compte d'un client, qui rembourse ensuite une partie de la somme chaque mois ainsi qu'un loyer, signe que le bien appartient à la banque jusqu'à son remboursement intégral.
La HSBC a décidé d'étoffer les services proposés par sa branche Amanah, ouverte en Grande-Bretagne à la mi-2003. Elle a également décidé de passer du système de financement immobilier "Ijara" à celui de la "Musharaka", qui transfère progressivement la propriété d'un bien de la banque à l'acheteur au fur et à mesure des remboursements, son comité d'experts de la charia ayant estimé que ce mécanisme était plus conforme à la loi islamique.
Signe de la nouvelle tendance, l'Institut des titres et de l'investissement (SII) de Grande-Bretagne a annoncé avoir noué un partenariat avec une institution libanaise, l'Ecole supérieure des affaires, pour élaborer une nouvelle formation spécialisée dans les services bancaires islamiques.
Cette école espère profiter du succès des activités bancaires islamiques dans des Etats musulmans comme la Malaisie ou la Turquie. Celles-ci se développent également dans des pays européens tels que la France, l'Allemagne et les Pays-Bas qui comptent d'importantes communautés musulmanes. La Deutsche Bank, la Société Générale et BNP-Paribas ont ainsi commencé à fournir une offre spécialisée ces dernières années.
Ce marché peut être rentable. Le cabinet Trowers and Hamlins estime que les actions britanniques respectant la charia recensées dans l'indice Dow Jones U.K. Islamic ont présenté un rendement de 15,2% sur un an, soit deux fois plus que le FTSE 100, indice principal de la bourse de Londres.
Article signalé par Cereus06